Zim, zim, carillon…

3 juil

« Ah, j’ai perdu ma fille, zim, zim, carillon
Ah, j’ai perdu ma fille, trois fleurs de la nation… »
Et la chanson enfantine continuait dans la cour de récréation de l’école maternelle.
« Perdue au bois… » belle affaire ! Perdue au bois.

J’ai perdu ma fille !
Trois pleurs de la nation !

J’ai perdu ma fille !
J’ai perdu ma fille ! J’ai perdu ma fille !
J’ai perdu ma fille ! J’ai perdu ma fille ! J’ai perdu ma fille !
J’ai perdu ma fille ! J’ai perdu ma fille ! J’ai perdu ma fille ! J’ai perdu ma fille !

Trois fleurs, trois pleurs ! Je t’en ficherai des fleurs et des pleurs !

J’AI PERDU MA FILLE !

Ça va ?

2 juil

La question qui tue. Qui me tue. Qui me tuait.

J’ai trouvé la parade. Crétin que j’étais. Oh, mes réponses emberlificotées. Ces phrases, ces explications, ces détours, ces justifications, ces précautions.

— Oui, mais sinon, ça va ?

Quoi ? À part que je suis triste comme les pierres ? Que j’ai le moral dans les chaussettes. Que je n’ai goût à rien ?

— Oui, mais sinon, ça va ?

Je ne vais pas mentir, je ne sais pas mentir. Je suis tellement triste, tellement abattu, tellement… tout ça.

— Oui, mais sinon ?

Et puis j’ai compris. Il m’ a fallu tant d’années. Il ne s’agit pas de savoir si je suis heureux. Heureux ? Qui peut l’être, à moins d’être narcissique ?

— Ça va ?

— Oui !

Ça y est, je peux répondre « oui » sans me parjurer. Il fallait juste que je change la définition. Quel con de ne pas y avoir pensé plus tôt.

— Alors, vrai, ça va ?

— Oui !

Maintenant, quand je réponds oui à cette question, sans mentir ni me parjurer, je confirme que  : « Oui, je me levé et je me suis habillé ! » Voilà, ça va.

Gestation

30 juin

Je porte en moi un texte qui n’arrive pas à naître. Il me colle aux entrailles. Je le sens bouger. Il n’est pas mort. Mille adhérences le retiennent dans mes tripes. Le terme est largement dépassé. Si une césarienne s’avérait nécessaire alors que ce soit à la machette. Qu’on me découpe vif pour exposer ce fœtus à la lumière !

 

Connerie !

 

Quel bénéfice ? Vidé de mon sang, qui s’occupera du bébé ? Car, comment songer que dans la boucherie, l’enfant n’aura pas subi plaies et meurtrissures, arraché qu’il aura été aux adhérences multiples qui le liaient à ma matrice. Coupé en morceaux ! Mutilé !

 

Je vais attendre.

Mon ventre est dur. Le bébé est vivant. Il se refuse à naître. Trop de cicatrices refermées sauvagement, trop de laides adhérences.

Pas de machette !

Je veux qu’il naisse par le siège. Je veux que l’air gonfle ses poumons. Je le veux entier.

Qui a dit qu’une telle gestation devait se calquer sur celle de l’humain ? Neuf mois ! Je porte ce texte depuis bien plus longtemps.

Il ne parvient pas à voir le jour.

Parachute

29 juin

La météo est mauvaise. L’instructeur  annule le vol. Il a des consignes. Il exécute. Professionnel.
Lui, mon couillon de fils, attache une sangle à l’arrière du quad d’un copain. Ne pas perdre une journée d’adrénaline. Avec un voile récupérée dieu sait où, il va faire du parachute ascensionnel.
C’est génial ! Une fois… neuf fois. Il s’élève à trente mètres de haut. Grisant. La dixième fois, il se casse la gueule.  Secours, ambulance, hôpital. Une vertèbre en miettes. Du coup, cinq vertèbres  soudées au fer à béton. C’est mon fils ! Il avait un job d’acrobate, il était élagueur pro. Pro ? Mon œil ! Il a frôlé le fauteuil à vie.

Ça va faire deux mois. Je lui ai pas encore reparlé. Qu’est-ce que j’ai raté ?

Les envies d’un gamin de treize ans dans un corps d’athlète, et majeur. « Majeur, papa, je sais ce que je fais. »  Majeur ? mon cul !  Sa mère l’a vu consulter internet pour savoir où trouver un médecin conciliant qui lui  renouvellerait son certificat d’aptitude  à la pratique du parachutisme. Majeur ? mon cul !

Genre

26 juin

J’aurais voulu être une femme, porter des enfants.
Enfin, rien qu’un, pour voir de moi-même, ne pas me contenter  des témoignages.
Me faire mon idée. Le porter, le mettre au monde, le nourrir au sein, cet enfant.
Je modère le « rien qu’un », je me connais, si c’est aussi bon que le chocolat, j’aurais sûrement repiqué au truc.
J’aurais voulu être une femme.
Il faut reconnaître que je n’ai pas insisté beaucoup non plus. Dans mon esprit, c’était transitoire, à la prochaine conception, chacun retrouvait son sexe de naissance. Une fois toi, une fois moi.
Je dois à la vérité que ma femme n’a jamais exprimé le vœu d’être un homme. Pourtant, ce n’est pas l’égoïsme qui la caractérise. Pas pensé, c’est tout. Ou tu ? Si tu, alors… maybe !
À tout bien considérer, tant mieux pour elle ; elle ne mourra pas du cancer des testicules, elle.

Couleur

25 juin

J’aurais voulu être noir, comme chantait Claude Nougaro, et je  suis né nu et rose.
Si noir j’étais né, nu aussi j’aurais été, mais pas rose.
Rose !
Au fil des ans, ça s’est dégradé, j’ai viré rouge, voire violacé.
Je me serais contenté de chocolat.
Chocolat, j’aurais bien aimé, ou café serré, mais barbe à papa !
J’aurais voulu être noir.
Né nu, né rose et je vais mourir, sans même avoir jamais été un phare, d’un cancer de la peau.

Pistolet à deux coups

24 juin

Un dessin humoristique tracé à la va-vite, vu dans un magazine satirique  — Hara-Kiri ou Charlie Hebdo, peut-être l’Écho des Savanes — avait frappé Jean-Robert. Pardon pour l’auteur du comic-strip, le scribouillard a oublié son nom. Pardon. En revanche, du côté de Jean-Robert, cette petite B.D. : vue trente secondes et jamais oubliée.

Pas tous les jours présent, le crobard ; mais toujours, quand même, aux heures noires. Et des heures noires ? Ah ça, pour les heures noires, Jean-Robert avait moissonné ferme.  

 Trois images. Un petit bonhomme tout nu, en trois images, qui marche vers le lecteur, de gros glaviots de sperme dégoulinent de son sexe mou et s’écrasent sur le sol. « Tout m’échappe ! » dans une bulle au-dessus de sa tête. Pas celle de Jean-Robert, celle du petit personnage d’encre.

 

Ce dessin, un parmi mille autres vus à cette époque, l’a hanté cinquante ans, Jean-Robert. Il y avait vu son destin : un jour, il ne banderait plus et son sperme lui échapperait, se répandrait sur le bitume comme autant de petites bouses blanches.

 Presque !

 Si, en effet, il ne bandait désormais plus, sa trouille avait été vaine. Il n’avait pas songé que ses couilles se tariraient.

Fantasme de jeune, fantasme de merde.

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